par Antoine Fantin
le 23 février 2012
Sonnerie de téléphone portable. Il repose sa tasse de café, sort son Iphone de son long manteau, regarde le visage affiché sur l’écran, mais ne décroche pas. Il laisse sonner. Assis à une terrasse baignée par un soleil d’hiver, François s’accorde un instant. Juste un instant où il se recentre en attendant que les deux blocs politiques volent en éclats. Car ça ne va plus tarder. Avec le sondage IFOP que Paris-Match fait paraître aujourd’hui, ça ne va plus tarder. Au deuxième tour, c’est lui.
La sonnerie de son téléphone se déclenche à nouveau. C’est Marielle. Alors c’est important. Mais pas plus que cet instant : le soleil sur son visage, le brouhaha de Paris et les sondages. Que des choses impalpables, mouvantes et essentielles. Comme l’espoir. Un instant qui l’instant d’après n’est plus. Une photographie.
D’ailleurs c’est ça un sondage : une photographie. Une image de la France qui change à chaque « 20h00 », à chaque déclaration, à chaque fait divers. Presque à chaque changement de température. C’est bien les gros titres, mais pour bien comprendre les français, faut aussi regarder la météo.
François n’est pas encore élu car y’a le premier tour. Les fourches caudines. A sa droite, c’est l’offensive. Ils sont empêtrés par cinq ans de pouvoir gangréné par la crise. Nicolas a hissé le costume noir, il va pas négocier car, peut-être, il s’en fout. C’est juste une histoire de bistouquette avec Mitterrand. A sa gauche, une frustration vindicative étouffée par plus de 15 années d’opposition. Le Front National a fini par s’affranchir des frontières du politiquement correct pour s’infiltrer dans l’arène politique. Et contre toute attente, l’extrême gauche se défend pas mal. Bref, il est au milieu. Enfin au centre de tout ça.
.jpg)
Le sondage est là qui va réconcilier les deux blocs. Il sera la prochaine cible. Il le sait. Ca mérite bien un instant avec le soleil d’hiver. Vous ne voulez pas de Sarko ? Votez pour moi. Vous ne voulez pas de Hollande ? Votez pour moi. Conjuguez-vous à un autre temps. Parce que vous savez pourquoi on dit la Droite et la Gauche ? Ca remonte à la Révolution Française. Dans l’Assemblée autoproclamée, les partisans du veto royal siégeaient à droite et leurs adversaires à gauche. C’est juste une anecdote de l’Histoire. Et ça dure depuis.
Le Centre une idée nouvelle ? Du Centre des Démocrates Sociaux au Modem en passant par l’Union pour la Démocratie Française, c’est pas une idée qui s’est faite. C’est un homme. Et c’est pour un homme que les français votent. De ça, il en est sûr. Il mise tout sur lui. L’égo-centrisme peut-être.
Son téléphone sonne. C’est Babette, sa femme. Il décroche. Il décroche et se demande si les français voteront pour un candidat qui décroche lorsque c’est sa femme qui appelle plutôt que lorsque c’est la deuxième personnalité de son partie. Il pense que oui. Nicolas voit les français comme les partenaires d’une entreprise qu’il faut associer. L’autre François, comme des amis qu’il faut entraider. Lui, comme les membres d’une famille qu’il faut rassembler. Même si faut donner des baffes de temps à autre.
François raccroche et son téléphone sonne aussitôt. C’est Marielle. Elle insiste. Ça doit être grave. Et s’il devait beaucoup a Paris Match et à l’Ifop… c’est pas comme ça qu’il voyait son avènement. Il décroche tranquillement inquiet.