Des officiers supérieurs dénoncent le malaise qui perdure dans l'armée et dans la gendarmerie. Depuis trois ans, certains s'expriment ouvertement dans les médias, en mettant en cause la capacité opérationnelle des armée, "incapables de remplir efficacement les missions données". Etat des lieux.
Après l'affaire du colonel de gendarmerie Philippe Espie, patron du groupement de l'Ardèche, qui avait osé critiquer "l'intégration de la gendarmerie au Ministère de l'Intérieur" début 2010 ( http://www.leparisien.fr/reactions/flash-actualite-politique.php?article=gendarmerie-un-colonel-critique-l-integration-au-ministere-de-l-interieur-12-03-2010-846189&page=0#reagir) et qui a été rapidement remplacé dans ses fonctions par le lieutenant-colonel Emmanuel Josse, officier supérieur beaucoup plus docile, après les sanctions infligées en 2008 et 2009 au chef d'escadron de gendarmerie Jean-Hugues Mattelly, qui avait osé s'exprimer publiquement de manière critique envers le gouvernement et la Gendarmerie nationale, le ministre de la Défense et l'état-major croyaient "l'incendie éteint".
Il n'en est rien ! La grogne persiste et s'intensifie... Cette fois, c'est le colonel Michel Goya, membre de l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire (IRSEM), qui brosse un tableau pessimiste du moral des armées. Ses deux phrases les plus percutantes sont en exergue, bien en vue en bas de page dans un quotidien national proche du pouvoir : "Les armées françaises sont atteintes de mélancolie. Rien pour l'instant qui affecte la capacité à remplir efficacement les missions données, mais cela ne peut cependant manquer d'inquiéter."
Parus dans l'édition du Figaro du 22 juin, ces propos du colonel Michel Goya ont suscité la réaction du ministre de la défense Gérard Longuet. Ce dernier s'est fendu, dès le début d'après-midi, du 22 juin d'un communiqué destiné à répondre à l'article. On peut y lire que "Gérard Longuet tient à réagir vivement à l'article paru ce jour dans Le Figaro concernant l'armée française et les conséquences de son engagement sur les différents théâtres d'opérations. Il dénonce des amalgames infondés et de sérieuses lacunes stratégiques....".
Le ministre de la Défense Gérard Longuet est confronté à une situation léguée par ses
prédécesseurs au ministère de la Défense. Comme le Général Marcel Bigeard en 1975 (Bigeard, l'éternel combattant), l'homme politique lorrain Gérard Longuet a une capacité d'écoute et d'organisation.
Des critiques qui précèdent l'annonce du retrait des forces Françaises d'Afghanistan
En fin d'après-midi, toujours le 22 juin 2011, Gérard Longuet s'est exprimé devant les députés : "L'armée est la grande muette dans notre société. Ce n'est pas
simplement une tradition, c'est un devoir et j'ajoute un devoir républicain. L'armée est là pour exécuter la politique que veut la Nation telle que l'exprime et lui en donne les moyens le Parlement."
Cette tradition de "silence dans les rangs", évoquée par le ministre Longuet semble se perpétuer. six des neuf militaires qui s'expriment dans l'article du Figaro le font sous couvert d'anonymat. Outre Michel Goya, seul le chef d'Etat-major de l'armée de terre Elrick Irastorza a assumé ses réponses à la journaliste Isabelle Lasserre, l'amiral
Pierre-François Forissier étant cité nommément mais pour des propos antérieurs.
Des officiers supérieurs de gendarmerie avaient "initié" le mouvement
En Rhône-Alpes, où les patrons de la Région de gendarmerie veulent à tout instant que tout aille bien, la fronde du colonel Philippe Espie, alors patron du groupement de gendarmerie de l'Ardèche, avait déclenché le courroux de la haute hiérarchie de la gendarmerie.
La lettre de l'officier supérieur avait été rendue publique par le sociologue et directeur de recherches Laurent Mucchielli.
Le contenu fut rapidement repris par l'ensemble de la presse, comme le montrent les liens ci-dessous :
http://www.laurent-mucchielli.org/index.php?post%2F2010%2F03%2F11%2FNote-d%E2%80%99%C3%A9tape-sur-la-fusion-progressive-de-la-gendarmerie-et-de-la-police
http://www.opex360.com/2010/03/12/un-colonel-critique-publiquement-le-rattachement-de-la-gendarmerie-au-ministere-de-linterieur/
http://www.leparisien.fr/reactions/flash-actualite-politique.php?article=gendarmerie-un-colonel-critique-l-integration-au-ministere-de-l-interieur-12-03-2010-846189&page=0#reagir
http://www.ledauphine.com/mission-onu-commandant-du-groupement-de-gendarmerie-de-l-ardeche-le-colonel-espie-a-la-t-te-des-gendarmes-francais-a-ha-ti-
9http://www.rue89.com/2010/03/11/la-gendarmerie-sera-t-elle-sacrifiee-au-nom-de-la-rentabilite-142480?page=5
http://www.france24.com/fr/20100312-gendarmerie-colonel-critique-lintegration-ministere-linterieur
http://www.laurent-mucchielli.org/public/Note_d__etape_sur_la_fusion_progressive.pdf
Extrait de la lettre du Colonel Espié
L'importance du malaise ressenti au sein de la gendarmerie est décrit dans le courrier rédigé par le colonel Espie et adressé au préfet de l'Ardèche Amaury de Saint-Quentin, ancien député-suppléant UMP et ancien vice-président de conseil général UMP :
« Je n’avais pas l’intention de m’exprimer sur le sujet de l’intégration de la gendarmerie au sein du MIOMCT. Il s’agit d’une décision politique. En ma qualité de soldat et d’officier des armes, je la mets en application sans état d’âme et avec discipline intellectuelle.
"Néanmoins puisqu’on me demande mon avis, je le donne et comme habituellement sans langue de bois. De ce qu’il me remonte du terrain, l’intégration de la gendarmerie au Ministère de l’intérieur n’est pas particulièrement bien vécue par les personnels de l’Arme qui n’y trouvent aucun intérêt ni aucune plus value."
"Le sentiment de mes gendarmes est à la résignation"
"Les gendarmes ne perçoivent aucun changement particulier positif dans ce changement de ministère. Le sentiment actuel de mes gendarmes est à la résignation, ce qui ne saurait être de bonne augure.
"Au contraire, compte tenu du calendrier actuel, ils ont tendance à faire un amalgame défavorable entre cette intégration au MIOMCT, le vote de la Loi Gendarmerie, l’accroissement des charges opérationnelles et administratives du dernier quadrimestre, les contraintes budgétaires particulièrement insupportables et le récent battage médiatique sur la véracité controversée des chiffres de la délinquance. Cette situation
reste en conséquence très contre-productive.
"Ils sont conscientsque les décideurs du MIOMCT, quoiqu’ils en disent, n’ont pas une
connaissance précise et complète de notre Arme et de son fonctionnement et encore moins du statut militaire, un gendarme restant pour eux un policier avec un képi…..
"Ils ne se sont d’ailleurs pas accaparés la Loi Gendarmerie qui au moment de sa parution était particulièrement opaque et bien peu lisible. Par ailleurs, ils n’ont pas plus le
sentiment d’être mieux défendus aujourd’hui au MIOMCT qu’ils ne l’étaient précédemment au MINDEF.
"Ils ne se reconnaissent pas dans les pratiques actuelles de ce ministère (l’affolement récurrent comme la fébrilité permanente, l’absence de directives comme de vision à long terme, la cogestion permanente hiérarchie-syndicat, l’absence régulière de franchise comme de courage intellectuel…./). Ils ne se sentent pas en adéquation ni en communion d’idées avec les pratiques policières."
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