L'écrivain d'origine péruvienne a reçu aujourd'hui, à Stockholm, le plus prestigieux des prix littéraires, pour sa "cartographie des structures du pouvoir et ses images marquantes de la résistance de l'individu, sa révolte, sa défaite." A la fois plurielle et inscrite dans la continuité, l'œuvre de Vargas Llosa regroupe nouvelles, romans, mémoires, essais politiques et littéraires.
Une œuvre riche, aux formes multiples
Mario Vargas Llosa se fait connaître dès la publication, en 1959, de son premier recueil de nouvelles - Les Caïds, narrant les aventures de la jeunesse liménienne et couronné du Prix Leopoldo Aldas. Ses deux premiers romans, La Ville et les Chiens (1963) puis La Maison Verte (1966) récoltent également plusieurs récompenses.
S'ensuivent nombre d'œuvres fictionnelles qui puisent dans différentes sources. Dans des réalités historiques comme La Guerre de la Fin du Monde (1982) sur le Brésil du XIXe siècle. Sur des vérités politiques à l'instar de Conversation à la Cathédrale (1969) sur la corruption de la société péruvienne. Sur des faits personnels tel Tante Julia et le Scribouillard (1977), roman inspiré de son mariage avec sa tante par alliance.
Utilisant régulièrement plusieurs narrateurs dont les voix entremêlées composent des récits aux multiples ressorts et aux nombreux tissages, Mario Vargas Llosa a participé, avec Julio Cortazar et Gabriel Garcia Marquez entre autres, à l'explosion de la littérature sud-américaine dans les années 60.
S'éloignant rapidement du réalisme magique en vigueur en Amérique du Sud, Vargas Llosa a déployé son propre style pour donner naissance à des romans et nouvelles, mais aussi à des essais littéraires (notamment sur Gustave Flaubert et Victor Hugo) et politiques. Une œuvre à l'image de sa vie.
Une vie engagée politiquement, entre Amérique du Sud et Europe
Né en 1936 à Arequipa au Pérou, Mario Vargas Llosa passe une partie de son enfance en Bolivie. De retour à Lima, il s'inscrit en droit et littérature à l'Université de San Marcos, tout en travaillant comme correcteur littéraire et pour des journaux reconnus. Il s'y engage aussi politiquement.
Affilié à une branche estudiantine du parti communiste péruvien, alors interdit, il s'en détache, déçu de la vision stalinienne de l'art en général et de la littérature en particulier. La révolution cubaine lui redonne brièvement de l'espoir, avant que le joug de Fidel Castro ne l'oriente définitivement vers le libéralisme.
Arrivé à Madrid en 1959 grâce à une bourse d'études, habitant un temps à Paris, Mario Vargas Llosa rentre dans son pays natal, y fonde le parti de droite libérale Libertad et se lance dans la course aux présidentielles en 1990. Battu par Alberto Fujimori, vexé de perdre face à un quasi inconnu, il repart pour l'Espagne, et accepte la double nationalité péruvienne - espagnole offerte par Felipe Gonzales en 1993.
En 2009, il rentre au Pérou pour y prendre la présidence de la Commission Vérité et Réconciliation, en mémoire des morts et disparus de la Guerre Civile, victimes aussi bien de l'organisation terroriste maoïste du Sentier Lumineux que du mouvement révolutionnaire Tupac Amaru ou des forces de l'ordre, police et armées confondues.
Devant un projet de loi qui aurait abouti à l'amnistie de nombre d'officiers impliqués dans des affaires de torture et / ou de meurtre, Vargas Llosa a démissionné avec perte et fracas il y a un peu plus de quinze jours.
Est-ce ce geste fort qui a orienté le choix du comité Nobel ? Longtemps pressenti, controversé en raison de ses engagements politiques et opposé à des candidats aussi sérieux que Cormac McCarthy, Mario Vargas Llosa est le vainqueur surprise de ce Nobel. A moins que l'Académie n'ait décidé de saluer un écrivain talentueux qui est l'un des chefs de file de la fabuleuse révolution culturelle sud-américaine.
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