A 78 ans, le fils de Marcel devient un grand patron de presse (financièrement parlant), assis sur un édifice qui vaut entre 1 et 1,3 milliard d’euros. Un rêve qu’il caressait depuis toujours. Celui qui permettra au maire UMP de Corbeil-Essonnes de « diffuser des idées » qu’il « considère comme saines ». Et « peut-être aussi de répondre à quelques journalistes qui ont écrit de façon pas très agréable » sur lui.
L'avionneur Serge Dassault a conclu un accord avec "la plupart des héritiers" de Robert Hersant lui permettant de prendre le contrôle, avec 80% du capital, de la Socpresse, empire de presse comptant 70 titres dont le Figaro, l'Express et l'Expansion (éditeur du 18h.com).
Le groupe Dassault avait mis un pied dans la Socpresse en janvier 2002 en entrant dans le capital à hauteur de 30%. Les héritiers de Robert Hersant, disparu en 1996, conservaient alors 70% de ce capital. Il avait aidé la Socpresse en août 2002 par un prêt important (220 à 235 millions d’euros selon Stratégies) pour racheter le groupe Express-Expansion. Serge Dassault tient ainsi sa revanche, après avoir essayé en vain de rentrer au capital du Figaro en 1999: le fonds d'investissement Carlyle lui avait été alors préféré. L'avionneur s'était également porté candidat au rachat de L'Express en 1997, mais Havas, alors propriétaire du magazine, avait renoncé à vendre. Dassault n'avait jamais caché depuis deux ans son "désir de continuer à monter dans le capital de la Socpresse, en fonction des opportunités".
Le montant de l'offre faite par l'avionneur aux treize héritiers Hersant n'a pas été dévoilé. Après cette opération, Dassault, selon une bonne source, détiendrait 82% de la Socpress, Aude, jeune héritière Hersant, 13%, et le bloc dirigeant autour d'Yves de Chaisemartin, patron du groupe, 5%. L'opération doit être soumise aux actionnaires ayant décidé de ne pas s'associer. Elle doit être autorisée par la Commission de la concurrence de la Communauté européenne et pourrait être finalisée dans "huit à dix semaines", a indiqué le groupe. Cependant, d'aucuns citent l'exemple de Lagardère qui, ayant acheté l'ensemble du pôle édition de Vivendi, a été contraint par la Commission européenne d'en remettre sur le marché une importante partie.
Serge Dassault est "très satisfait" de cette opération "à laquelle il tenait beaucoup", a indiqué son entourage qui souligne également l'"excellent climat de travail et de confiance entre Serge Dassault et Yves de Chaisemartin".
L'opération n'aurait "pu se faire" sans M. de Chaisemartin, a martelé son entourage. M. de Chaisemartin, annonçant la nouvelle jeudi lors d'un comité de rédaction du Figaro, s'est dit le "garant" de l'indépendance du titre. "Nous restons, Michel Senamaud (administrateur général de la Socpresse) et moi-même, seuls maîtres à bord de cette entreprise", a-t-il affirmé. "La rédaction est calme mais mobilisée", indiquait-on au sein du Figaro.
● Serge July quitte Libération, poussé par Edouard de Rothschild.
28 juin 2006