Ce 20 février 1997, le Musée d’Art moderne de la ville de Paris ouvre les portes de sa nouvelle exposition qui s’intitule « Années 30 en Europe (1929-1939), Le temps menaçant».
Il s’agit d’un vaste panorama artistique des années Trente, qui offre aux visiteurs des chefs-d’œuvre, des découvertes et des rapprochements plastiques inattendus. L’Europe des années 30 entre crise économique et conflit mondial, fut marquée par l'importance que les régimes totalitaires accordèrent à l'architecture, moyen de ce que Lénine avait dénommé «propagande monumentale». Le thème a déjà été traité en France et ailleurs en Europe sans remporter parvenir à dépasser le problème de l’articulation entre art et Histoire comme celui réalisé à Beaubourg, à Londres et à Berlin.
Libération a ainsi décrit l’exposition « Ereintés, épuisés, exténués, harassés, courbatus et même courbaturés, les voyageurs des années 30 sortent du musée extrêmement las. Leur fatigue provient à l'évidence de la profusion d'œuvres d'art (surtout peintures et photographies mais aussi sculptures, mobilier, fresques) rassemblées sur deux étages entiers. »
Suzanne Pagé, grande ordonnatrice de cet événement, à engager ses convictions personnelles dans cette réalisation et elle déclare dans sa préface qu'elle «veut d'abord donner à [...] réfléchir, notamment, sur l'insidieux flottement des signes et des mots et leur dérapage dans une période de confusion, de compromis et d'équivoques.»
A l'épineuse question de savoir si les œuvres doivent ou non être utilisées à titre de documents pour illustrer une période historique, Suzanne Pagé répond en montrant leur irréductible intégrité artistique. Le Soldat (1938) de Paul Klee n'est ni un plaidoyer contre la guerre ni, a fortiori, une revendication belliciste, tout comme l'intérêt de son Rayé de la liste (1933) ne se limite pas à la dénonciation de l'«art dégénéré»
Autre problème soulevé: quel sort réserver aux œuvres ouvertement exécutées dans un but de propagande? Les éliminer ou les reléguer dans un coin honteux au motif que leur intérêt esthétique avoisine la nullité? Les présenter sur le même plan que les autres sous prétexte d'«objectivité»? Là encore, Suzanne Pagé tranche sans équivoque. Les réalismes socialistes, fascistes et nazis sont rassemblés dans une salle commune, regroupement justifié à double titre, primo parce que Grigori Mikhaïlovitch Chegal pour Lénine et Staline, Alfredo Cauro Ambrosi pour Mussolini et Otto Hermann Hoyer pour Hitler commettent les mêmes médiocrités (qui se ressemble s'assemble), secundo parce qu'il est bon de ne pas mélanger les tâcherons enrégimentés dans l'idéologie avec les esprits libres. La partie documentaire, indispensable a le mérite, notamment par la diffusion des actualités Pathé-journal, de servir de contrepoint sans brouiller les registres. Tout comme propagande et art ne se mélangent pas, archives et peintures sont clairement distinguées.
Malgré les nombreux points positifs de cette exposition certains critiques l’ont jugé trop vaste, trop disparate. Dans ce sens l’exposition reste dans le mouvement à la mode des manifestations géantes, initiée dans les années 80.
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