21 décembre 1989 : cela fait plus d'un mois que le mur de Berlin est tombé. De part et d'autres du bloc communiste de l'Europe de l'est, les failles se multiplient. En Roumanie, le dictateur Ceuasescu, autoproclamé « génie des Carpates » ou encore « Danube de la pensée », n'a toujours pas compris que quelque chose de fondamental était en train de changer. Quelques jours plus tôt, à Timisoara, il avait fait ouvrir le feu sur des manifestants anti-communistes. Mais pour bien montrer au monde entier que le peuple soutenait toujours son dirigeant, il avait organisé un vaste rassemblement sur la grande place de Bucarest. Sûr de lui, fier et dominateur comme d'habitude, il entame un interminable discours bourré de langues de bois, de métaphores improbables, d'envolées lyriques. Il est là, à la tribune devant les micros et les caméras de la télévision roumaine, engoncé dans un gros manteau et coiffé de son éternelle chapka. Mais cette fois, il interrompt son discours à plusieurs reprises . La foule est turbulente. Contrairement aux usages, elle ne respecte pas le silence religieux imposé pour tout discours du « guide suprême ». Mais, au début, Ceausescu, semble penser que ces bruits de foule traduisent l'allégresse du peuple devant leur chef bien aimé. Mais les images de la télévision sont terribles. Car petit à petit, le « génie des Carpates » prend conscience de l'attitude négative de son peuple. Ces slogans qui fusent de la foule sont en fait des cris de haine. Très distinctement il entend marteler des « Timisoara ». Il est désemparé. Jamais il ne s'était trouvé devant pareille situation. Il regarde à gauche, à droite. Lève les mains pour calmer la foule. Rien n'y fait. Cette dernière gronde de plus en plus. Il ne comprend pas. Regarde à nouveau les membres de la sécurité qui l'entourent. Et soudain, plus rien. Plus de son. Plus d'image. Manifestement, le directeur de la télévision roumaine a préféré couper l'antenne. Le monde entier ne peut pas voir ses images.
Plus de son. Plus d'image , donc. Et maintenant, le silence. Que se passe-t-il ? Les bruits les plus fous circulent dans toutes les rédactions des pays occidentaux. On apprendra quelques heures plus tard qu'il s'agit bien d'un complot fomenté par le KGB et la CIA désireuses, toutes les deux de se débarrasser de cet encombrant dictateur. Après un procès sommaire, le jour de Noël, Ceausescu et sa femme Elena seront déclarés coupables de génocide et seront exécutés assez sommairement.
Certes, les images de la chute de Berlin resteront comme les plus symboliques de la fin du communisme et de la bipolarisation de la géopolitique mondiale. Mais personnellement, c'est cette image du leader roumain, complètement désemparé devant l'hostilité de son peuple, qui traduira, plus que les autres, la fin d'un monde, la fin d'une époque. Malheureusement pas la fin de la race des dictateurs.
● Journal de 20 heures d'Antenne 2 du 21 décembre 1989
Journal de 20 heures d'Antenne 2 du 20 décembre 1989
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