Après le coup de force du général Wojciech Jaruzelski contre Solidarnosc en décembre 1981 et la proclamation de l'état de siège en Pologne, le père Popieluszko, 37 ans, aumônier du syndicat Solidarnosc dans les grandes aciéries de Huta Warszawa, décide de célébrer des « messes pour la Patrie ». Ses cultes drainent des milliers de fidèles autour de son église Saint Nicolas à Varsovie suscitant la colère du pouvoir communiste. Ses messes, encadrées par un important dispositif de policiers en uniforme et en civil, finissent souvent en échauffourées.
Dans ses homélies, le père Popieluszko n’hésite pas à dénoncer la répression policière, la censure et la torture et persécutions des opposants au régime. Son mot d'ordre « vaincre le mal par le bien » connaît une résonnance mondiale. Las des avertissements lancés à l'Église sans que celle-ci ne prenne des mesures, le pouvoir communiste décide de réduire lui-même le père Popieluszko au silence. Il est enlevé le 19 octobre 1984 par trois officiers de la SB (services de la police politique polonaise).
Les Polonais sont parfaitement conscients que les communistes sont capables des pires atrocités, mais de là à assassiner un prêtre cher à la population c’est tout simplement impensable. Ce prêtre est l’incarnation même de la vérité, de la pureté dans le mouvement Solidarnosc. Les fidèles vont alors attendre à l’église Saint-Stanislas-Kostka à Varsovie où il officiait le retour du père Popieluszko.
Quelques jours plus tard pourtant, les médias officiels annoncent la découverte du corps du prêtre dans la Vistule. Les trois agents des services secrets l’ont probablement roué de coups jusqu’à ce que mort s’ensuive, ligotés avant de jeter le corps dans le fleuve.
D’après l’opinion publique cette arrestation et assassinat ont été commandité par l’aile la plus radicale de la SB qui voulait d’une part éliminer un prêtre gênant pour l’État socialiste et d’autre part, déstabiliser les pouvoirs des généraux Jaruzelski (chef du parti et Premier ministre) et Kiszczak (ministre de l’Intérieur), donc l’indulgence et la flexibilité vis-à-vis de Solidasnosc ne sont pas appréciées. La colère de la population après l’assassinat devait en toute logique déboucher sur la démission des deux officiers ce qui laisserait le champ libre à un coup d’État pour la « défense du socialisme ».
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