Aujourd'hui paraît un recueil pour le moins osé, qui rassemble les écrits et chroniques de Charles Bukowski publiés jusqu'ici dans un journal de Los Angeles. Ames chastes s'abstenir !
Des écrits glauques...mais qui frappent souvent justes
Un ange qui vient à la rescousse d'une minable équipe de baseball. Une bagarre d'ivrognes à la suite d'une partie de poker. Des courses hippiques truquées. Le meurtre de Robert Kennedy et la privation des libertés individuelles. Le tout généralement rythmé par les beuveries et les rencontres plus ou moins galantes des personnages.
Tel est l'univers, violent et misérable, offert par Charles Bukowski, dans son recueil de chroniques Journal d'un vieux dégueulasse (Notes of a dirty old man). Des écrits dérangeants, parfois glauques, souvent justes, qui secouent l'Amérique pudibonde et bien-pensante.
Un style particulier - ne cherchez aucune majuscule, pas même en début de phrase - une écriture qui emprunte beaucoup au langage parlé et des mots grossiers, véritables miroirs des pensées violentes et agressives qui assaillent l'écrivain.
Des chroniques publiées dans Open City
Si cet ouvrage voit le jour, Bukowski le doit en grande partie à un homme : John Bryan. L'ancien rédacteur en chef du L.A. Free Press, principal concurrent d'Open City dont il est le fondateur, a proposé à Bukowski de rédiger une chronique hebdomadaire dans son journal.
Pas de censure, pas d'édulcorant. John Bryan laisse une liberté totale à "Buk" et à sa verve dévastatrice. Bryan a été viré du Herald Examiner pour avoir refusé de masquer, en couverture, l'intimité de l'enfant Jésus. Alors dans Open City, son propre journal de culture underground, Bryan refuse toute limite moralisatrice.
Une chance pour Bukowski
Une chance pour Bukowski, dont les poèmes et récits ont été très régulièrement refusés. Pourtant, ces écrits dans Open City lui ont permis d'être repéré par Lawrence Ferlinghetti, poète éditeur d'Allen Ginsberg notamment et de nombreux autres auteurs de la Beat Generation - à laquelle Bukowski se défend d'appartenir.
Bukowski, jusqu'à ce jour, n'a eu que pour seules attaches l'alcool et des femmes avec lesquelles il entretient des relations houleuses. Aujourd'hui, un livre signé de son nom paraît. Laissons-lui d'ailleurs le mot de la fin (extrait issu de la préface de Journal d'un vieux dégueulasse).
"J'espère donc que cette anthologie va vous aider. Si vous souhaitez m'envoyer de l'argent, n'hésitez pas. Même réponse pour le cas où vous en viendriez à me haïr. Cela dit, si j'étais une armoire à glace, vous ne vous y risqueriez pas. Mais je suis juste qu'un vieux mec qui vend ses histoires dégueulasses. Ecrivant pour un hebdo qui pourrait, comme moi, disparaître demain."
● Suicide de John Kennedy Toole, écrivain américain.
26 mars 1969
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