Un communiqué publié aujourd'hui à Paris comme à Pékin annonce : "Le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République populaire de Chine ont décidé, d'un commun accord, d'établir des relations diplomatiques. Ils sont convenus à cet effet de désigner des ambassadeurs dans un délai de trois mois".
L'initiative de ce rapprochement est un projet que le président de Gaulle nourrit depuis son retour au pouvoir. D'abord, c'est pour lui conforme à "l'évidence et la raison" (dira-t-il dans trois jours en conférence de presse), car comment ignorer un pays si immense ? Ensuite, ce geste marque le retour en Asie d'une France non plus colonialiste mais amie —et dont les liens avec le continent asiatique pourraient être utiles si des négociations devaient intervenir dans le cadre des conflits qui l'agitent.
Soutenu par le premier ministre Pompidou et le ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville, tout en faisant mener à Edgar Faure une mission de reconnaissance secrète (notoirement évoquée par ce dernier dans une interview de deux pages publiée le 9 de ce mois dans le Figaro), le général multiplie depuis plus d'un an les contacts et les missions françaises en Chine, pour des raisons diplomatiques autant qu'économiques —et en précisant bien que ce rapprochement n'emporte pas une adhésion à la politique et à l'idéologie du pays, quoique France et Chine ont en commun leur refus d'adhérer au traité sur la non-prolifération de l'arme nucléaire signé entre autres par les Américains et les Soviétiques.
La reconnaissance de la Chine populaire par la France n'est pas un geste innocent sur le plan international. Certes, comme l'a dit le président de Gaulle, "il y a quelque chose d'anormal dans le fait que nous n'avons pas de relations avec le pays le plus peuplé du monde, sous prétexte que son régime ne plaît pas aux Américains...". Il n'en reste pas moins qu'aux États-Unis, cette décision fera scandale et sera vu comme une insolence (la première d'une belle série, avec l'abandon de l'OTAN en 1966, l'entente avec l'URSS et le discours de de Gaulle à Phnom-Penh contre l'engagement américain dans la guerre au Vietnam).
Reconnaître la Chine de Mao Tse-toung revient aussi à rompre avec la Chine nationaliste de Tchang Kaï-chek à Formose.
La bonne volonté mutuelle de la France et la Chine va se confirmer dans les faits : cette dernière va bientôt libérer Jean Pasqualini, ressortissant franco-chinois prisonnier des Laogaï, tandis que l'intérêt de l'hexagone pour le pays de Mao va s'accentuer —le fidèle Malraux s'y rendra dès l'année prochaine.
L'entente bilatérale officialisée aujourd'hui sera le fondement de relations économiques durables entre la Chine et la France.
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