À la demande de l'ambassadeur d'Allemagne de l'Ouest, relayé par le CNC, le Festival de Cannes a accepté de retirer de sa sélection officielle le court métrage documentaire Nuit et brouillard, où la caméra d'Alain Resnais parcourt les ruines d'un camp de concentration puis fait place à de terribles images d'archives en noir et blanc tandis que la voix de Michel Bouquet prononce un texte composé par Jean Cayrol, lui-même rescapé des camps.
L'oeuvre arrive en effet en plein rapprochement entre la France et l'Allemagne. Pourtant, comme la bouleversante et augurale dernière phrase du film l'indique, ce n'est pas un pays qui est visé : "Qui de nous veille sur cet étrange crématoire pour nous avertir de la venue de nouveaux bourreaux... nous qui feignons de croire que tout cela est d'un seul temps et d'un seul pays, nous qui ne pensons pas à regarder autour de nous et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin".
Resnais a déjà accepté une altération mineure pour satisfaire au souci de la commission de censure de ne pas entacher la police française. L'exclusion de la compétition cannoise va déclencher une campagne de presse soutenue, du reste, par une bonne partie du monde politique allemand (Adenauer comme son opposition, le SPD). Dans Le Monde du 11, Cayrol dira : "La France refuse ainsi d’être la France de la vérité... Elle arrache brusquement de l’histoire les pages qui ne lui plaisent plus (...), elle se fait complice de l’horreur... Mes amis allemands (...), c’est la France elle-même qui fait tomber sa nuit et son brouillard sur nos relations amicales et chaleureuses".
Nuit et brouillard obtiendra le Prix Jean Vigo.
En 1959, Resnais se trouvera de nouveau évincé de la célébration cannoise, Hiroshima mon amour risquant de déplaire aux États-Unis.
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