Le spectacle est abject, innommable, insoutenable. Des membres tranchés jonchent parmi des cadavres que l'on recouvre de linceuls improvisés avec des bâches publicitaires, un prêtre passe parmi les victimes ensanglantées, les ambulanciers et les pompiers tentent de s’organiser au milieu des gens qui hurlent, pleurent, s’affolent, des médecins tentent "le tout pour le tout" à même le sol tandis que la carcasse calcinée de la Mercedes est encore encastrée dans le muret qui devait garantir la sécurité du public. Les cris, les pleurs, les sirènes, le vrombissement des bolides, tout se mêle étrangement. L’odeur de l’essence le dispute à celui du sang.
Cette course qui est d’ores et déjà la plus tragique de l’histoire du sport automobile, devait pourtant être l’un des plus beaux événements sportifs de l’année.
Devant cette horreur, ça semble inimaginable, mais il y a encore quelques heures, le spectacle était exceptionnel : jamais les voitures n’ont été aussi belles, aussi rapides. Certains bolides comme fameuses les « Flèches d’Argent » de Mercedes peuvent atteindre les 240km/h en ligne droite : du jamais vu que beaucoup sont venus voir : 300 000 spectateurs se sont amassés tout au long de la journée derrière les minces barrières de protection pour être là et les voir partir.
Et c’est à 16h00 précise que le coup d’envoi de la 23ème édition des 24 heures du Mans a été donné. Les soixante voitures se sont élancées sur la piste dont il n’aura fallu que quelques tours pour que les premiers duels se mettent en place. Notamment celui qui a opposé dès 18h00 la Jaguar de Mike Hawthon à la Mercedes de Juan Manuel Fangio. L’un et l’autre roulent si vite qu’après seulement 2h30 de course ils parviennent à rattraper la Mercedes de Pierre Levegh et l’Austin-Healay de Lance Macking pour leur prendre un tour. Et c’est à ce moment précis que tout a basculé.
Il est 18h34. Mike Hawthon qui vient de doubler l’Austin, décide d’effectuer une rentrée au stand pour se ravitailler. Il décélère et oblique, l’Austin, surprise, déboite légèrement pour éviter Hawthon et c’est Pierre Levegh qui se laisse surprendre. La Mercedes percute l’Austin, se soulève et est catapultée vers le muret qui sépare les spectateurs de la piste… En retombant la Mercedes explose et tue. Puis des éléments comme le capot, le moteur et la boite de vitesse sont éjecter vers les gradins et traversent littéralement la foule sur plus de 70 mètres comme des hachoirs.
Alors que la nuit tombe sur le circuit, il est encore trop tôt pour connaître les chiffres de ce massacre. Mais il faut s’attendre à une hécatombe. On parle déjà d’au moins 80 morts et de centaine de blessés graves. Alors, bien sûr, certains s’insurgent que la course n’est pas été interrompue vu l’ampleur de la catastrophe. Les bolides ont juste du ralentir pendant trois tours avant de reprendre leur rythme infernal. Une mesure très discutable mais qui vise peut-être à éviter un départ massif des spectateurs sur les routes environnantes et permettre aux dizaines de véhicules de secours de pourvoir circuler au plus vite entre la scène de ce drame épouvantable et les hôpitaux de la région.
Il est 2h00 du matin, l’équipe Mercedes vient à l’instant d’annoncer qu’elle se retirait de la course. On ne peut que comprendre cette décision même s’il est étonnant que les fameuses « Flèches d’Argent » aient quitté leur stand si précipitamment…
● La Renault Etoile Filante atteint 308.85 km/h
6 septembre 1956
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